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B.Les lieux de mémoire

Capsule # 0-E - La Seigneurie Belair de la Pointe aux Ecureuils  -  par claudematte|ALL

La Seigneurie Bélair des Écureuils

Le 30 Novembre 1672, Jean Talon, intendant de la justice de la police et des finances de la Nouvelle-France, accorde au Sieur Toupin, père et fils, une concession d’un demi lieu de front sur un lieu de profondeur à prendre sur le fleuve Saint-Laurent, moitié dessous et moitié au-dessus de la Pointe aux Écureuils. Les conditions ne sont pas onéreuses. Il doit s'y établir lui-même, concéder des terres aux colons, réserver le bois de chêne pour la construction des vaisseaux de sa Majesté et donner avis au roi de la découverte de minéraux. Au début de la Nouvelle-France, quelques personnages influents se firent concéder des fiefs particulièrement dans la région de Québec sans en prendre possession par l'habitation ou confirmation royale. Ainsi la Pointe aux Écureuils aurait été accordée à un membre de la famille Lauzon sous le titre de Bélair. Jean Talon ne fait mention ni de Lauzon ni de Bélair contrairement à tous les actes officiels postérieurs. Il y eut donc Bélair de Maure à St. Augustin et Bélair de la Pointe aux Écureuils.
La Famille Toupin bénéficiaire de cette seigneurie était originaire de Normandie, d'après un acte de profession religieuse de l'une de ses filles à l'Hôtel-Dieu de Québec. Le chef se prénommait Toussaint et on ignore la date de son arrivé en Nouvelle-France. Cet homme mystérieux possédait une casaque et le haude chausse (culotte), trois mousquets et un vieux tabar (manteau court des rois d'armes). Que signifient ces objets propres à un mousquetaire du Roi ?
On retrouve officiellement Toussaint Toupin à la mission des Jésuites de Sillery où il est parrain d'un sauvage le 25 avril 1639. Il était donc dans la région avant cette date. On sait qu'il est né en 1616.
Il devint un compagnon de Pierre Boucher, futur gouverneur des Trois-Rivières. Ces deux jeunes garçons voyagent chez les indiens et l'on retrouve mention à plusieurs endroits dans le journal des Jésuites dans les années 1640. Il épousa même la sœur de Pierre Boucher, Marguerite, en fin de Décembre ou au début de Janvier 1646. A cette époque, il possédait déjà dans la banlieue des Trois-Rivières une concession de trois arpents avec habitation qu'il vendit en Juin 1647 pour venir résider à Québec.
Le 14 Juin 1650, Olivier le Tardif, Seigneur de Beaupré, lui concède une terre à Château-Richer au lieu-dit Saut-à-la-Puce. Il l'habitat jusqu'en 1655, la louant par la suite et s'établissant propriétaire à Québec, au pied de la cote de la Montagne.
Toussaint Toupin fut avant tout navigateur. Ayant vendu sa première terre aux Trois-Rivières et loué sa deuxième au Saut-à-la-Puce, il s'acheta deux petites barques au début et il termina avec une dix-huit (18) tonneaux. Son fils, Jean, le suivit dès son adolescence et ce fut ainsi de père en fils.

Avec son commerce de l'Ile Anticosti à Ville-Marie, il acquit une certaine aisance et de l'influence sans compter ses deux mariages avec la sœur de Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières, et Marie Bourdon, veuve Jean Gloria et nièce de Jean Bourdon, procureur général et ingénieur en chef de la Nouvelle-France. Son fils, Jean Baptiste, épousera le même jour et à la même heure et devant le même prêtre, sa fille, Marie Gloria. C'était à l'église Notre-Dame de Québec le 3 juin 1669.

Trois familles Toupin ont fait souche au Canada. Celui qui nous intéresse se prénommait Toussaint et pour bien le situer on le surnommait Toupin du Sault, laissant tomber les deux mots " la Puce". Lorsque Jean, son fils, prit possession de la seigneurie, il adopta ce surnom comme titre de nouvelle noblesse rurale, ce qui fait que la famille fondatrice de Les Écureuils fut les Toupin-du-Sault qui devinrent simplement les Dussault.
En 1691, arrive aux Écureuils François Dussault, époux de Geneviève Mézeray. Il occupe la terre voisine du domaine abandonné par Pierre Grosleaux. Il l'achète en 1695 et en 1707, son fils Jacques du Cap-Rouge viendra s'établir à l'ouest de son père. Cette famille venait de Paris avec le nom de Dussault, ce qui fait qu'aux Écureuils, dès le début, il y avait la famille fondatrice Toupin du Sault et les Dussault. Fait curieux, en 1972, il ne reste qu'une ou deux familles Dussault alors que les Toupin-Dussault sont encore très nombreux même si elles ont abandonné le nom original Toupin.

L'acte de concession de la seigneurie datant du 30 Novembre 1672, le nouveau seigneur n'y vint certainement pas immédiatement d'autant plus que sa jeune épouse était enceinte et que son premier enfant naîtra au Saut-à-la-Puce le 20 Mai 1673.
La seule voie permettant de se rendre aux Écureuils était le fleuve Saint-Laurent. Aucune route, de la forêt, quelques chaumières à Saint-Augustin et Neuville puis le vide. Le père Toussaint Toupin à 56 ans et son commerce de navigation lui prend tout son temps. C'est donc son fils Jean qui sera le véritable fondateur de la seigneurie.
Jean Baptiste a 24 ans et son épouse, Marie, fille du notaire Jean Gloria, est née en Mars 1654 et eut pour parrain le sieur Louis D'Ailleboust de Coulonge, gouverneur, et pour marraine, Jacqueline Potel, femme de Jean Bourdon, procureur général de la colonie et seigneur de Neuville, d'où le mot Dombourg. Elle n'a que 18 ans, épouse depuis 3 ans et ex-pensionnaire aux Ursulines de Québec. S'exiler dans une forêt, 30 ans avant la paix définitive avec les Indiens, c'était de l'héroïsme.
Le premier quart de siècle de la seigneurie fut une suite d'épreuves pendant lesquelles le jeune seigneur démontra un courage peu ordinaire. Il aurait pu tout abandonner pour le cabotage avec son père. Par des recoupages, je me permettrai d'en signaler quelques-unes

Au printemps de 1673, Jean Baptiste Toupin a dû s'empresser de visiter sa seigneurie avec son père et le meilleur endroit pour remiser leur bateau de 18 tonneaux fut dans l'échancrure du côté ouest de la pointe, à l'abri des vents et des courants. Son propre domaine partira de cet endroit, se réservant sept arpents, neuf perches de large sur 40 arpents de profondeurs en plus d'une autre terre d'un arpent et demie de front sur 40 arpents de profondeurs dans la troisième concession, aujourd'hui le Grand bois de l'Ail du Cap-Santé.

La chaumière habitée la plus près de l'endroit où le bateau est accosté se trouve sur la falaise à environ un mile plus à l'est. Ce n'est pas un inconnu des Toupin qui l'habite puisque c'est Jean Dubuc, dernier censitaire à l'ouest de la seigneurie de Neuville, il est un ancien serviteur de Jean Bourdon de Québec. Il dû y avoir une bonne collaboration de sa part puisqu'à plusieurs reprises nous voyons le nom de Dubuc dans les actes de mariages et de sépulture de la famille Toupin. Enfin le 3 Novembre 1688, nous lisons aux registres de Neuville sur une seule entrée signée du curé Basset, le récit d'un drame où 3 personnes sont noyées à la suite de naufrage d'une barque près de la Pointe aux Écureuils. Il s'agit du fils du seigneur, Michel âgé de 13 ans, Jean Dubuc, 49 ans et Anne Coquincour, 46 ans. Aucun membre de la famille Toupin ne semble présent à ces funérailles. Y aurait-il d'autres victimes demeurées invalides? Le jeune Michel fut le premier enfant né aux Écureuils le 13 Janvier 1676 et fut baptisé solennellement à l'église Notre-Dame de Québec le 22 Janvier 1676.

En 1701, Bélair des Écureuils compte 22 censitaires et 66 1/2 arpents en valeur. Dans la liste, nous y lisons les Pagé, Dussault et Petit en plus de la famille du seigneur Toupin-Dussault. Fait remarquable, nous retraçons 10 familles dans la deuxième concession, appelée dès cet époque le "village". Le seigneur a une cavalle (jument), 10 bêtes à cornes, des porcs, des poulets, des cannes, des dindes et des pigeons et nous y lisent aussi une barque évaluée à 900 livres.

Jean Baptiste Toupin est méritant, fils de navigateur et possédant lui-même une barque, il aurait pu tout abandonner et faire du cabotage comme son père mais fidèle à son idéal, il mourut à l’âge de 54 ans avec la satisfaction d'avoir construit un domaine sur des bases permanentes. Aux Écureuils, près de l'église, un petit monument élevé en 1946 rappelle sa mémoire 

Jean Toussaint Toupin, né le 7 Janvier 1675, fils de Toussaint et de Marie Bourdon, frère de Jean-Baptiste, fondateur des Écureuils, on le retrace chez le notaire Chamballon le 6 Juillet 1700 à titre de "volontaire de réserve" dictant son testament avant de partir pour la Baye du Nord (Baie d'Hudson). Sur les 200 livres qu'il possède, il en consacre 150 à faire prier Dieu pour le repos de son âme et donne la balance à sa nièce. Aussi il demanda à Nicolas Doyon, arquebusier de Québec, d'employer, pour le repos de son âme, les 5 années d'arrérages de la rente de 15 livres que le dit Doyon lui doit "chacun an sur sa maison". On est émerveillé de constater le courage chez un jeune s'engageant pour un tel parcours et proclamant sa foi de façon non équivoque.
De nouveau chez Chamballon le 12 Octobre 1707, fut présent Jean Toussaint Toupin, habitant la ville de Larochelle y demeurant dans la paroisse de St. Sauveur. Dans cet acte, il confesse avoir reçu de Doyon le paiement complet des arrérages dont il est fait mention dans l'acte de 1700. Il est donc retourné faire souche en France et son passage à Québec à deux reprises nous donne l'impression qu'il est navigateur à long court.


Jean-Baptiste, fils du fondateur des Écureuils, sieur Dussault de Bélair, naquit le 30 Juin 1678 à la Pointe aux Écureuils. A la mort de son père, il a 22 ans et est célibataire, il hérite sans morcellement de toute la Seigneurie. Il sera avant tout navigateur à son compte et tous ses profits serviront à développer sa seigneurie.
En 1705, il loue la Ste. Anne, navire de 20 tonneaux pour aller à Plaisance (Anticosti). Il en deviendra propriétaire puisqu'il l'échange pour un deux mâts de 5 à 15 tonneaux à Joseph Riverin, marchand de Québec, contre 966 livres. Il est dit que sa nouvelle barque est "gisante" au Cul-de Sac, présentement chargée et prête à partir pour la Baie Verte (Chamballon 8 Mai 1709). De 1713 à 1723, il fut le navigateur ou le capitaine de la Ste. Anne pour le compte du Séminaire de Québec de la Baie St. Paul à Ville-Marie, avec gages du tiers du fret recueilli des voyages chaque année. (Québec Histoire, abbé H. Provost vol. 1 No 3 et 4).


A la mort de son père, Jean-Baptiste n'avait que 22 ans, donc mineur au sens de la loi pour l'époque. Il obtint du Conseil Souverain le 27 Avril 1701 ses lettres d'émancipation permettant "aud. Exposant de jouir de ses biens meubles Et du revenu de ses immeubles Tout aussi que s'il Estoit En âge de Majorité layant qu'ant à ce habileté Et dispensé...".
Au cours de l'année 1709, le seigneur concède 13 terres par contrat passé devant le
notaire Bernard de la Rivière. Parmi ces nouveaux, qui complètent la deuxième concession, nous lisons les noms de Godin et Pleau, toujours présent en 1972.

Probablement à compter de l'année 1709 que nous appelons "village" le territoire compris dans la deuxième concession. A cette date, le chemin seigneurial longeait la falaise du fleuve où étaient construites les chaumières et le manoir, car dans les actes, il est bien dit "Laisser un arpent sur la devanture de la dite concession pour le chemin communal."
 

Aquarelle du manoir selon les souvenirs d'une dame Dussault, l'ayant habité. Seul souvenir du manoir seigneurial détruit par le feu en 1877. Le premier était en bois et fut remplacé par celui-ci au début du 18e siècle.
C'est en 1681 que le premier seigneur accorde à Léonard Paillard du "Petit Village" de Beauport le contrat de la construction du premier moulin seigneurial. Pour 231 livres, il doit construire une maisonnette de 17 pieds par 14 pieds dans laquelle sera fixée une moulange:" De 4 pieds de diamaistre ou plus syl se peut trouver des moulanges de plus grande quantenence". Il était situé à la chute d'un ruisseau dans la partie est de la pointe aux Écureuils.

 Ce moulin est qualifié de ruines en 1700.
Le premier Décembre 1710, le deuxième seigneur, Jean-Baptiste Toupin Dussault convoque les censitaires pour les engager par contrat notarié à faire moudre leur grain au nouveau moulin qu'il veut faire construire dans la troisième concession de sa seigneurie au confluent d'une petite rivière (Rivière des Prair
ies) et de la Jacques Cartier

C'est dans cet acte que le notaire Bernard de la Rivière, qu'il est fait mention à deux reprises du mot "village' pour désigner le territoire de la deuxième concession. "Jean-Baptiste Toupin, seigneur de la terre fief et seigneur de Bel-Ayer (Bélair) lequel m'ayant requis de me transporter au dit lieu au petit village second rang l'habitation de la dite seigneurie...les habitants qui se sont trouvés au dit village..." (Bernard de la Rivière 1 Décembre 1710).

Ce moulin existe encore de nos jours malgré son abandon. Ses fondations sont très hautes et je me souviens d'avoir remarqué un appartement en pierre avec ferrures et chaines ayant servi, m'avait-on dit, à la réclusion d'un fou de la région. La famille Toupin-Dussault vendit son moulin en 1743 à Jean Lamothe pour une rente annuelle et perpétuelle de cent minots de blé. Deux siècles plus tard, en 1917, Siméon Matte en fait l’acquisition et le transforme pour qu’il serve aussi de moulin à scie. Ainsi, la puissance hydraulique est partagée entre le sciage du bois, le jour, et le moulage du grain, la nuit.

En 1970, le moulin Matte est habité, mais ne fonctionne plus.

Dans l'aveu et dénombrement du seigneur, en date du 17 Février 1723, il est fait mention: Une grange de quarante pieds close de pieux en coulisse... une écurie et étable de 25 pieds de longue pièce sur pièce. Dans l'inventaire du même seigneur en date du 28 Février 1724, on signale une maison maçonnerie de 34 pieds par 24 à un étage avec cloison, châssis, portes, plancher haut et bas, couverte en bardeaux. Cette description sommaire ne rend pas justice à la description que m'en firent les anciens et particulièrement la sœur Marie-Eugénie c.m.d. qui naquit et vécu dans ce manoir. Une grande transformation fait jour et l'on oublie vite:" la maison de coulombages couverte de planches et une grange ou hangard de pieux debouts et couverte de paille... servant d'étable et de grange". (Chamballon 1702)

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 -La Seigneurie Belair de la Pointe aux Ecureuils

Les capsules # 00 sont de l'information portant le mot Matte, les capsules # 0 sont d'information générale servant à compléter les capsules identifiées # -1 (Charles) ou # 1 (Nicolas et Madeleine)   ou # 2 (les enfants), etc., qui correspondent aux lignées des ancêtres Matte.

La Seigneurie Bélair des Écureuils

Le 30 Novembre 1672, Jean Talon, intendant de la justice de la police et des finances de la Nouvelle-France, accorde au Sieur Toupin, père et fils, une concession d’un demi lieu de front sur un lieu de profondeur à prendre sur le fleuve Saint-Laurent, moitié dessous et moitié au-dessus de la Pointe aux Écureuils. Les conditions ne sont pas onéreuses. Il doit s'y établir lui-même, concéder des terres aux colons, réserver le bois de chêne pour la construction des vaisseaux de sa Majesté et donner avis au roi de la découverte de minéraux. Au début de la Nouvelle-France, quelques personnages influents se firent concéder des fiefs particulièrement dans la région de Québec sans en prendre possession par l'habitation ou confirmation royale. Ainsi la Pointe aux Écureuils aurait été accordée à un membre de la famille Lauzon sous le titre de Bélair. Jean Talon ne fait mention ni de Lauzon ni de Bélair contrairement à tous les actes officiels postérieurs. Il y eut donc Bélair de Maure à St. Augustin et Bélair de la Pointe aux Écureuils.
La Famille Toupin bénéficiaire de cette seigneurie était originaire de Normandie, d'après un acte de profession religieuse de l'une de ses filles à l'Hôtel-Dieu de Québec. Le chef se prénommait Toussaint et on ignore la date de son arrivé en Nouvelle-France. Cet homme mystérieux possédait une casaque et le haude chausse (culotte), trois mousquets et un vieux tabar (manteau court des rois d'armes). Que signifient ces objets propres à un mousquetaire du Roi ?
On retrouve officiellement Toussaint Toupin à la mission des Jésuites de Sillery où il est parrain d'un sauvage le 25 avril 1639. Il était donc dans la région avant cette date. On sait qu'il est né en 1616.
Il devint un compagnon de Pierre Boucher, futur gouverneur des Trois-Rivières. Ces deux jeunes garçons voyagent chez les indiens et l'on retrouve mention à plusieurs endroits dans le journal des Jésuites dans les années 1640. Il épousa même la sœur de Pierre Boucher, Marguerite, en fin de Décembre ou au début de Janvier 1646. A cette époque, il possédait déjà dans la banlieue des Trois-Rivières une concession de trois arpents avec habitation qu'il vendit en Juin 1647 pour venir résider à Québec.
Le 14 Juin 1650, Olivier le Tardif, Seigneur de Beaupré, lui concède une terre à Château-Richer au lieu-dit Saut-à-la-Puce. Il l'habitat jusqu'en 1655, la louant par la suite et s'établissant propriétaire à Québec, au pied de la cote de la Montagne.
Toussaint Toupin fut avant tout navigateur. Ayant vendu sa première terre aux Trois-Rivières et loué sa deuxième au Saut-à-la-Puce, il s'acheta deux petites barques au début et il termina avec une dix-huit (18) tonneaux. Son fils, Jean, le suivit dès son adolescence et ce fut ainsi de père en fils.

Avec son commerce de l'Ile Anticosti à Ville-Marie, il acquit une certaine aisance et de l'influence sans compter ses deux mariages avec la sœur de Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières, et Marie Bourdon, veuve Jean Gloria et nièce de Jean Bourdon, procureur général et ingénieur en chef de la Nouvelle-France. Son fils, Jean Baptiste, épousera le même jour et à la même heure et devant le même prêtre, sa fille, Marie Gloria. C'était à l'église Notre-Dame de Québec le 3 juin 1669.

Trois familles Toupin ont fait souche au Canada. Celui qui nous intéresse se prénommait Toussaint et pour bien le situer on le surnommait Toupin du Sault, laissant tomber les deux mots " la Puce". Lorsque Jean, son fils, prit possession de la seigneurie, il adopta ce surnom comme titre de nouvelle noblesse rurale, ce qui fait que la famille fondatrice de Les Écureuils fut les Toupin-du-Sault qui devinrent simplement les Dussault.
En 1691, arrive aux Écureuils François Dussault, époux de Geneviève Mézeray. Il occupe la terre voisine du domaine abandonné par Pierre Grosleaux. Il l'achète en 1695 et en 1707, son fils Jacques du Cap-Rouge viendra s'établir à l'ouest de son père. Cette famille venait de Paris avec le nom de Dussault, ce qui fait qu'aux Écureuils, dès le début, il y avait la famille fondatrice Toupin du Sault et les Dussault. Fait curieux, en 1972, il ne reste qu'une ou deux familles Dussault alors que les Toupin-Dussault sont encore très nombreux même si elles ont abandonné le nom original Toupin.

L'acte de concession de la seigneurie datant du 30 Novembre 1672, le nouveau seigneur n'y vint certainement pas immédiatement d'autant plus que sa jeune épouse était enceinte et que son premier enfant naîtra au Saut-à-la-Puce le 20 Mai 1673.
La seule voie permettant de se rendre aux Écureuils était le fleuve Saint-Laurent. Aucune route, de la forêt, quelques chaumières à Saint-Augustin et Neuville puis le vide. Le père Toussaint Toupin à 56 ans et son commerce de navigation lui prend tout son temps. C'est donc son fils Jean qui sera le véritable fondateur de la seigneurie.
Jean Baptiste a 24 ans et son épouse, Marie, fille du notaire Jean Gloria, est née en Mars 1654 et eut pour parrain le sieur Louis D'Ailleboust de Coulonge, gouverneur, et pour marraine, Jacqueline Potel, femme de Jean Bourdon, procureur général de la colonie et seigneur de Neuville, d'où le mot Dombourg. Elle n'a que 18 ans, épouse depuis 3 ans et ex-pensionnaire aux Ursulines de Québec. S'exiler dans une forêt, 30 ans avant la paix définitive avec les Indiens, c'était de l'héroïsme.
Le premier quart de siècle de la seigneurie fut une suite d'épreuves pendant lesquelles le jeune seigneur démontra un courage peu ordinaire. Il aurait pu tout abandonner pour le cabotage avec son père. Par des recoupages, je me permettrai d'en signaler quelques-unes

Au printemps de 1673, Jean Baptiste Toupin a dû s'empresser de visiter sa seigneurie avec son père et le meilleur endroit pour remiser leur bateau de 18 tonneaux fut dans l'échancrure du côté ouest de la pointe, à l'abri des vents et des courants. Son propre domaine partira de cet endroit, se réservant sept arpents, neuf perches de large sur 40 arpents de profondeurs en plus d'une autre terre d'un arpent et demie de front sur 40 arpents de profondeurs dans la troisième concession, aujourd'hui le Grand bois de l'Ail du Cap-Santé.

La chaumière habitée la plus près de l'endroit où le bateau est accosté se trouve sur la falaise à environ un mile plus à l'est. Ce n'est pas un inconnu des Toupin qui l'habite puisque c'est Jean Dubuc, dernier censitaire à l'ouest de la seigneurie de Neuville, il est un ancien serviteur de Jean Bourdon de Québec. Il dû y avoir une bonne collaboration de sa part puisqu'à plusieurs reprises nous voyons le nom de Dubuc dans les actes de mariages et de sépulture de la famille Toupin. Enfin le 3 Novembre 1688, nous lisons aux registres de Neuville sur une seule entrée signée du curé Basset, le récit d'un drame où 3 personnes sont noyées à la suite de naufrage d'une barque près de la Pointe aux Écureuils. Il s'agit du fils du seigneur, Michel âgé de 13 ans, Jean Dubuc, 49 ans et Anne Coquincour, 46 ans. Aucun membre de la famille Toupin ne semble présent à ces funérailles. Y aurait-il d'autres victimes demeurées invalides? Le jeune Michel fut le premier enfant né aux Écureuils le 13 Janvier 1676 et fut baptisé solennellement à l'église Notre-Dame de Québec le 22 Janvier 1676.

En 1701, Bélair des Écureuils compte 22 censitaires et 66 1/2 arpents en valeur. Dans la liste, nous y lisons les Pagé, Dussault et Petit en plus de la famille du seigneur Toupin-Dussault. Fait remarquable, nous retraçons 10 familles dans la deuxième concession, appelée dès cet époque le "village". Le seigneur a une cavalle (jument), 10 bêtes à cornes, des porcs, des poulets, des cannes, des dindes et des pigeons et nous y lisent aussi une barque évaluée à 900 livres.

Jean Baptiste Toupin est méritant, fils de navigateur et possédant lui-même une barque, il aurait pu tout abandonner et faire du cabotage comme son père mais fidèle à son idéal, il mourut à l’âge de 54 ans avec la satisfaction d'avoir construit un domaine sur des bases permanentes. Aux Écureuils, près de l'église, un petit monument élevé en 1946 rappelle sa mémoire 

Jean Toussaint Toupin, né le 7 Janvier 1675, fils de Toussaint et de Marie Bourdon, frère de Jean-Baptiste, fondateur des Écureuils, on le retrace chez le notaire Chamballon le 6 Juillet 1700 à titre de "volontaire de réserve" dictant son testament avant de partir pour la Baye du Nord (Baie d'Hudson). Sur les 200 livres qu'il possède, il en consacre 150 à faire prier Dieu pour le repos de son âme et donne la balance à sa nièce. Aussi il demanda à Nicolas Doyon, arquebusier de Québec, d'employer, pour le repos de son âme, les 5 années d'arrérages de la rente de 15 livres que le dit Doyon lui doit "chacun an sur sa maison". On est émerveillé de constater le courage chez un jeune s'engageant pour un tel parcours et proclamant sa foi de façon non équivoque.
De nouveau chez Chamballon le 12 Octobre 1707, fut présent Jean Toussaint Toupin, habitant la ville de Larochelle y demeurant dans la paroisse de St. Sauveur. Dans cet acte, il confesse avoir reçu de Doyon le paiement complet des arrérages dont il est fait mention dans l'acte de 1700. Il est donc retourné faire souche en France et son passage à Québec à deux reprises nous donne l'impression qu'il est navigateur à long court.


Jean-Baptiste, fils du fondateur des Écureuils, sieur Dussault de Bélair, naquit le 30 Juin 1678 à la Pointe aux Écureuils. A la mort de son père, il a 22 ans et est célibataire, il hérite sans morcellement de toute la Seigneurie. Il sera avant tout navigateur à son compte et tous ses profits serviront à développer sa seigneurie.
En 1705, il loue la Ste. Anne, navire de 20 tonneaux pour aller à Plaisance (Anticosti). Il en deviendra propriétaire puisqu'il l'échange pour un deux mâts de 5 à 15 tonneaux à Joseph Riverin, marchand de Québec, contre 966 livres. Il est dit que sa nouvelle barque est "gisante" au Cul-de Sac, présentement chargée et prête à partir pour la Baie Verte (Chamballon 8 Mai 1709). De 1713 à 1723, il fut le navigateur ou le capitaine de la Ste. Anne pour le compte du Séminaire de Québec de la Baie St. Paul à Ville-Marie, avec gages du tiers du fret recueilli des voyages chaque année. (Québec Histoire, abbé H. Provost vol. 1 No 3 et 4).


A la mort de son père, Jean-Baptiste n'avait que 22 ans, donc mineur au sens de la loi pour l'époque. Il obtint du Conseil Souverain le 27 Avril 1701 ses lettres d'émancipation permettant "aud. Exposant de jouir de ses biens meubles Et du revenu de ses immeubles Tout aussi que s'il Estoit En âge de Majorité layant qu'ant à ce habileté Et dispensé...".
Au cours de l'année 1709, le seigneur concède 13 terres par contrat passé devant le
notaire Bernard de la Rivière. Parmi ces nouveaux, qui complètent la deuxième concession, nous lisons les noms de Godin et Pleau, toujours présent en 1972.

Probablement à compter de l'année 1709 que nous appelons "village" le territoire compris dans la deuxième concession. A cette date, le chemin seigneurial longeait la falaise du fleuve où étaient construites les chaumières et le manoir, car dans les actes, il est bien dit "Laisser un arpent sur la devanture de la dite concession pour le chemin communal."
 

Aquarelle du manoir selon les souvenirs d'une dame Dussault, l'ayant habité. Seul souvenir du manoir seigneurial détruit par le feu en 1877. Le premier était en bois et fut remplacé par celui-ci au début du 18e siècle.
C'est en 1681 que le premier seigneur accorde à Léonard Paillard du "Petit Village" de Beauport le contrat de la construction du premier moulin seigneurial. Pour 231 livres, il doit construire une maisonnette de 17 pieds par 14 pieds dans laquelle sera fixée une moulange:" De 4 pieds de diamaistre ou plus syl se peut trouver des moulanges de plus grande quantenence". Il était situé à la chute d'un ruisseau dans la partie est de la pointe aux Écureuils.

 Ce moulin est qualifié de ruines en 1700.
Le premier Décembre 1710, le deuxième seigneur, Jean-Baptiste Toupin Dussault convoque les censitaires pour les engager par contrat notarié à faire moudre leur grain au nouveau moulin qu'il veut faire construire dans la troisième concession de sa seigneurie au confluent d'une petite rivière (Rivière des Prair
ies) et de la Jacques Cartier

C'est dans cet acte que le notaire Bernard de la Rivière, qu'il est fait mention à deux reprises du mot "village' pour désigner le territoire de la deuxième concession. "Jean-Baptiste Toupin, seigneur de la terre fief et seigneur de Bel-Ayer (Bélair) lequel m'ayant requis de me transporter au dit lieu au petit village second rang l'habitation de la dite seigneurie...les habitants qui se sont trouvés au dit village..." (Bernard de la Rivière 1 Décembre 1710).

Ce moulin existe encore de nos jours malgré son abandon. Ses fondations sont très hautes et je me souviens d'avoir remarqué un appartement en pierre avec ferrures et chaines ayant servi, m'avait-on dit, à la réclusion d'un fou de la région. La famille Toupin-Dussault vendit son moulin en 1743 à Jean Lamothe pour une rente annuelle et perpétuelle de cent minots de blé. Deux siècles plus tard, en 1917, Siméon Matte en fait l’acquisition et le transforme pour qu’il serve aussi de moulin à scie. Ainsi, la puissance hydraulique est partagée entre le sciage du bois, le jour, et le moulage du grain, la nuit.

En 1970, le moulin Matte est habité, mais ne fonctionne plus.

Dans l'aveu et dénombrement du seigneur, en date du 17 Février 1723, il est fait mention: Une grange de quarante pieds close de pieux en coulisse... une écurie et étable de 25 pieds de longue pièce sur pièce. Dans l'inventaire du même seigneur en date du 28 Février 1724, on signale une maison maçonnerie de 34 pieds par 24 à un étage avec cloison, châssis, portes, plancher haut et bas, couverte en bardeaux. Cette description sommaire ne rend pas justice à la description que m'en firent les anciens et particulièrement la sœur Marie-Eugénie c.m.d. qui naquit et vécu dans ce manoir. Une grande transformation fait jour et l'on oublie vite:" la maison de coulombages couverte de planches et une grange ou hangard de pieux debouts et couverte de paille... servant d'étable et de grange". (Chamballon 1702)

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 -La Seigneurie Belair de la Pointe aux Ecureuils

Les capsules # 00 sont de l'information portant le mot Matte, les capsules # 0 sont d'information générale servant à compléter les capsules identifiées # -1 (Charles) ou # 1 (Nicolas et Madeleine)   ou # 2 (les enfants), etc., qui correspondent aux lignées des ancêtres Matte.

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Publié le 2018/01/02 01:50   | Tous les billets | Prévisualiser...   Imprimer...   | Haut
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